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Devenir psychologue, quelle idée !

Pour certaines personnes, un métier rime avec une vocation. Ce n’était pas mon cas. Je ne me suis imaginée psychologue que tard, lorsque j’entrais en terminale et qu’il fallait faire un choix pour mon avenir.

Jusqu’alors, je m’étais imagée médecin. J’avais toujours été intéressée par la science, le corps humain et le soin. Je regardais les séries telles que docteur house avec les yeux grands ouverts, rêvant d’être à leur place à résoudre leurs énigmes.

Depuis mes 5 ans, je clamais haut et fort que je souhaitais devenir médecin généraliste. Je me rappelle très nettement avoir vu un camarade souffrir d’une otite alors que j’étais en grande section maternelle et m’être dit : « plus tard, je veux être capable de le soigner. »

Seulement, arrivée au lycée, j’observais différents phénomènes : tout d’abord, j’avais beaucoup de mal à fournir un travail assidu à l’école. Je fatiguais très vite et n’arrivais pas à garder mon attention focalisée très longtemps sur les cours. La perspective du concours de médecine était pour moi inconcevable. Ensuite, je souhaitais me rebeller, sortir de l’image de la fille « parfaite et bonne élève ». Je voyais l’approbation dans le regard de mes parents lorsque je parlais de projet de médecine, et cela ne me convenait pas. Je voulais sortir du cadre. Etant en terminale S, mes camarades, pour la plupart, s’orientaient soit vers une école d’ingénieurs, soit vers la faculté de médecine. Je ne souhaitais pas suivre le troupeau. Et cerise sur le gâteau, mes parents grinçaient des dents lorsque j’évoquais la possibilité de faire une faculté de psychologie. Pour beaucoup de personnes de mon entourage, je gâchais mon potentiel : psycho, c’est la licence fourre-tout. C’est là où vont ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent faire de leur vie. Moi qui souhaitais casser les codes, j’étais servie.

Je n’avais qu’une vague idée de ce qu’était la psychologie, et encore plus de mal à me représenter le métier de psychologue. Tout ce à quoi je pouvais me raccrocher, c’était l’idée du soin et de l’aide à la personne. Psychologue, assistante sociale, infirmière…je mettais tous ces métiers dans le même sac. Je rêvais davantage du monde étudiant, des sorties, des rencontres et d’un emploi du temps léger que d’un métier.

Je me dirigeais donc vers des études de psychologie sans réellement savoir ce qui m’attendait. Je n’ai pas été déçue. Lors des premiers cours, je découvris que la psychologie ne s’arrêtait pas à l’écoute d’une personne qui parle de ses difficultés. Je découvris que la psychologie, c’était l’étude du fonctionnement humain. On me parlait de psychologie sociale, cognitive, de neuropsychologie. Chacune des matières m’intéressait, me passionnait.

Je me souviens être rentrée de la première semaine de cours et avoir téléphoné à mon père pour lui décrire tout ce que j’avais appris. Je trouvais cela inouïe : Pourquoi cela ne s’apprenait-il pas au lycée ? J’étais principalement émerveillée par les cours de psychologie sociale : notre prof était dynamique et savait mettre en valeur différents concepts tels que la soumission à l’autorité ou la manipulation. J’étais fascinée par le cerveau, sa composition, son fonctionnement. Associer différentes parties de l’anatomie à différents comportements de tous les jours me fascinait. J’ai vite compris que la psychologie ne se résumait pas à l’aide à la personne mais à la compréhension du fonctionnement humain, et j’appréciais d’autant plus mes cours.

Je me souviens qu’un prof a évoqué le concept des pensées automatiques (les pensées automatiques correspondent au monologue qui se déroule constamment dans la tête de chacun et dont nous n’avons pas toujours conscience, c’est un concept important en TCC). Il s’agissait pour moi d’une période difficile, mes parents venaient de divorcer et je vivais mal la séparation avec mes amis du lycée. J’étais en proie à des pensées telles que « tu ne te feras jamais d’amis », « tout le monde s’en fiche, de toi », et je ne pouvais pas les critiquer. Lorsque ce prof a expliqué ce que c’était et que j’ai compris que je n’étais pas obligée de croire ce que ma tête me disait, j’ai été soulagée. Être en mesure de critiquer mon dialogue intérieur, être en mesure de me dire : « c’est ma tête qui parle, mais ce n’est pas vrai ! » a été pour moi un énorme soulagement. Pour la première fois, j’avais été séduite par les thérapies cognitives et comportementales.

Pendant longtemps cependant, je me dirigeais vers un avenir en tant que neuropsychologue. En effet, la biologie avait toujours fait partie de mes matières préférées et j’adorais l’étude du cerveau en lien avec les comportements.

Je suis partie faire ma troisième année de licence au Canada. Ce voyage a concrétisé mon amour pour la psychologie. En effet, outre-Atlantique, les thèmes de recherche et les cours sont très différents. En effet, en France, l’enseignement reste très théorique tandis qu’au Canada, nous apprenions des astuces utiles pour notre quotidien. Outre les bases de la psychologie dans les différents domaines (sociale, clinique, cognitive, développementale, etc.) nous avons abordé des sujets qui touchaient au quotidien : le bien-être, les relations amoureuses et sexuelles, l’alimentation, la motivation. A diverses reprises, nous avons effectué des travaux sur nous-même, remettant en question nos habitudes de vie et comportements nocifs. J’ai beaucoup grandi en tant qu’humain durant cette année-là. L’expérience m’a enrichie de par la découverte d’une nouvelle culture, mais également grâce au travail personnel que nous faisions en cours. De plus, bien que j’aie eu une introduction aux thérapies cognitives et comportementales en France, j’en voyais davantage les contours et l’étendue des possibles.

Lorsqu’il a fallu faire les dossiers pour entrer en master, je ne savais pas si je souhaitais me diriger davantage vers la neuropsychologie ou les TCC. Ayant cet amour pour la logique et la rigueur, il s’agissait pour moi des deux options qui me parlaient le plus. En effet, je ne parvenais pas à comprendre la logique derrière la clinique orientée psychanalyse car l’idée d’un inconscient et des pulsions étaient hors de ma compréhension de moi-même et de l’être humain. J’ai donc postulé aux deux masters mais je n’ai été retenue qu’en neuropsychologie.

Mon retour en France a été un peu particulier. Cela a été difficile pour moi de quitter le Québec. Dès que je fermais les yeux, j’y étais. Je revivais les conversations, les voyages, les fous rires, et même, les courses au supermarché. Il m’a fallu quelques mois pour m’habituer à nouveau à la France. Pendant ce temps-là, j’avais beaucoup de mal à fournir le travail nécessaire pour le master. De plus, je m’apercevais qu’après les cours ludiques auxquels j’avais assisté au Canada, revenir aux cours théoriques avait peu de saveur. Mais c’est lors de mon stage que j’ai compris que je ne souhaitais pas faire neuropsychologue. En effet, je travaillais dans une unité de réadaptation pour les personnes ayant subi un AVC et nous recevions des patients pour leur faire faire des bilans neuropsychologiques, c’est-à-dire que nous leur faisions des tests pour vérifier comment leur mémoire, leur attention et leurs capacités cognitives étaient touchées. Ensuite, nous essayions de mettre en place des exercices de remédiation cognitive pour les aider à solliciter les fonctions cognitives dégradées afin d’en permettre l’amélioration. J’ai trouvé ce stage intéressant, toutefois, j’ai eu un déclic lorsqu’une patiente est venue, plongée dans une grande tristesse, et que mon maître de stage lui a répondu qu’il ne pouvait pas lui faire passer un bilan car la dépression risquait de fausser les résultats des tests. J’ai compris à ce moment-là que je voulais être le psychologue qui prenait en charge la détresse émotionnelle et non pas celui qui bilantait les atteintes aux fonctions cognitives (mémoire, attention, langage, fonctions exécutives). J’ai donc décidé de me réorienter, et c’est ainsi que j’ai repostulé et été admise au master en thérapies cognitives et comportementales.

J’ai adoré mes cours durant ces deux années-là. Nous avons fait beaucoup de psychopathologie, étudiant ainsi les différents troubles psychiatriques ainsi que leur fonctionnement et les thérapies permettant d’aider à les gérer. C’était pour moi concret et logique. Chaque nouvelle problématique amenait un regard nouveau sur la souffrance humaine et la santé mentale. C’est ainsi que se sont déroulées mes deux années de master. J’ai eu l’occasion de faire différents stages, et à chaque fois, les mêmes conclusions en sortaient : écouter l’autre, entrer dans son monde, comprendre sa douleur et essayer avec lui de trouver une solution me fascinait. Je me sentais privilégiée d’être l’écuelle des souffrances. C’est également le sentiment que j’ai eu avec mes premiers postes.

C’est un métier qui peut être difficile parfois, car autant, nous sommes là pour accueillir la souffrance, autant nous nous sentons parfois impuissants face aux difficultés rencontrées.

J’adore mon travail car il s’agit d’écouter qui est l’autre, de le regarder être et vivre, de lui donner l’espace pour fleurir alors que souvent, lorsque la douleur apparait, la tendance est le repli sur soi. Je me sens privilégiée et heureuse de pouvoir apporter mon soutien et mon aide. J’apprécie les exercices thérapeutiques qui permettent des solutions concrètes à des difficultés parfois incompréhensibles. Et j’apprécie aider l’autre à mettre des mots sur ce qui fait mal, qu’il s’agisse de pensées, des difficultés relationnelles ou de mauvaises habitudes. Parce qu’une fois qu’on a mis des mots et qu’on comprend qu’on n’est pas seul, le chemin est plus facile.

Voici donc les différentes étapes qui m’ont poussée à devenir psychologue TCC.

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